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Carte postale suédoise

7 février 2010

Variatio.

Ceux qui me connaissent savent que j'ai un certain faible pour la musique romantique et celle de l'époque moderne (et c'est sans doute pour cela qu'après de longues années de flûte traversière, j'ai décidé d'apprendre le piano en rentrant en France), n'étant guère attiré par le classicisme ou encore le baroque. Malgré tout, quelques compositeurs et certaines de leur œuvres me touchent, parmi lesquelles une pièce majeure de J.S. Bach, les Variations Goldberg. Tant et si bien que j'en ai dans mon meuble à disques trois interprétations différentes.

C'est évidemment l'Aria qui en est la partie la plus connue, celle qui selon les interprétations et l'instrument peut tantôt avoir des sonorités baroques (Scott Ross, Keith Jarrett) tantôt incroyablement romantiques (Murray Perahia, Gould 1981). Mais c'est la troisième variation que je veux évoquer ici, la Variatio 3 Canone all’unisono.

Variations Goldberg

J'en avais rapidement parlé lors d'une impression musicale à Stockholm, vers la fin 2006. Pierre Hantaï m'avait surpris à T-Centralen, alors que les rames de métro déversaient de manière régulière et mécanique des flots [1] de voyageurs pressés, que les escalators montaient, descendaient, que les portes s'ouvraient, se fermaient. 


Variatio 3 Canone all'Unisono a 1 Clav., par Pierre Hantaï.

Canon à l'unisson à deux voix, avec basse libre. Une seconde voix qui arrive juste après une mesure, proximité entre les deux lignes mélodiques tout au long du morceau.


Variatio 3 Canone all'Unisono a 1 Clav., par Glenn Gould, en 1955. La plus belle version des Variations à mon goût, même si la qualité du son laisse parfois à désirer. Sans faux romantisme. Baroque et minimaliste à la fois. Extrême précision.

Un accompagnement de main gauche qui commence par un simple mouvement de croches en arpèges furtifs, puis qui accélère en un mouvement étourdissant de doubles-croches.


Variatio 3 Canone all'Unisono a 1 Clav., par Glenn Gould, en 1981. Sans doute la version la plus connue des Variations. J'avoue que je n'aime pas son côté suave et extrêmement lent (38'26 pour l'enregistrement de 1955 contre 51'14 pour celui de 1981). De surcroît on entend très bien Gould qui parle en jouant et c'est extrêmement irritant, mais c'est une autre histoire.

Les Variations Goldberg ont fait l'objet de nombreuses reprises et comme c'est fête, je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir une version jazz de cette troisième variation.


Variatio 3 Canone all'Unisono a 1 Clav., par Jacques Loussier.



Sur ce, vous m'excuserez, mais il paraît que j'ai rendez-vous en terres germanopratines pour aller voir Écosse - France en compagnie d'une bonne Guinness.

Pour la route, un bout de l'Aria jazzé par Tom Mc Clung.





[1] J'ai souvenir de "flots", mais c'est peut-être parce qu'à l'époque je ne prenais pas le RER A pour aller travailler le matin.

5 février 2010

Surannées.

L'étude du piano regorge de méthodes antédiluviennes - "qui ont fait leurs preuves" -, délicieux recueils comportant des formulations on ne peut plus désuètes, avec une tendance au phrasé laminaire qui n'est pas sans faire rire jaune le pianiste amateur qui, à force de travail parfois frustrant, développe avec son instrument une étrange relation d'amour et de haine.

Parmi elles, deux relèvent de l'objet de culte : Le pianiste virtuose, de Charles-Louis Hanon, ainsi que les Principes rationnels de la technique pianistique du génial Alfred Cortot. Florilège.

"L'étude du piano est si répandue de nos jours [1], les bons pianistes sont tellement multipliés, qu'aujourd'hui, sur cet instrument, on ne souffre plus de médiocrité. Il en résulte qu'il faut étudier le piano huit ou dix ans avant de se risquer à jouer un morceau d'une certaine force, même dans une réunion d'amateurs".

"Dès qu'on saura bien cet exercice, on recommencera le précédent et celui-ci quatre fois sans interruption".

"Nous croyons devoir répéter qu'il faut toujours bien articuler des doigts jusqu'à ce que l'on sache parfaitement tout ce volume".

"Pour obtenir les bons résultats que nous promettons à ceux qui étudient cet ouvrage, il est indispensable de jouer tous les jours, au moins une fois, les exercices déjà appris".

"Maintenant que l'élève a étudié tout ce volume, il connaît les plus grandes difficultés du mécanisme ; mais, s'il veut recueillir le fruit de son travail et devenir un véritable virtuose, il faut qu'il joue ce livre en entier, tous les jours, pendant un certain temps".


Alors sinon, la méthode antédiluvienne grâce à laquelle j'ai appris à lire, c'est Daniel et Valérie.



D'ailleurs, j'en ai enfin terminé avec la Sonate au Clair de Lune de Beethoven et entame maintenant une œuvre qui m'est chère, les Variations Goldberg de Bach. Quoi, encore un Allemand ? Ah oui, j'ai décidé cette année que je serai à nouveau capable d'avoir mon niveau d'avant-guerre le niveau que j'avais à l'époque à laquelle j'ai décroché le ZMP. Vaste programme.

[1] Ndlr : 1929.

31 janvier 2010

Fais de ta vie un spectacle.

Partage ta vie.

Pas à dire, chez Voyages Sncf, on sait juger de la pertinence des développements primordiaux pour la satisfaction des utilisateurs.

29 janvier 2010

Nordrhein-Westfalen.

Demain matin à huit heures, je serai assis sur une chaise de salle d'examens, quatre heures et demie à tenir un stylo à plume et à noircir des pages blanches. Chose qui ne m'est plus arrivé depuis environ quatre ans.

Le concours.

Retrouver cette sensation de légère appréhension. Vérifier si l'on a tout pris. Constater que tous les effaceurs de sa poussiéreuse trousse sont secs. Estimer que c'est déjà très bien d'avoir passé la première étape, mais qu'on en veut davantage. Y repenser, et se dire que ça paraît tellement lointain.


Sergei Rachmaninov, Sérénade en Si bémol mineur extraite des Morceaux de fantaisie Op.3, par l'excellentissime Arcadi Volodos.

Bon sinon il se peut qu'assez prochainement, j'aille faire un tour de l'autre côté du Rhin.

24 janvier 2010

Camille Maurane, clair de lune.

C'était un nom qui ne devait sans doute plus dire grand chose à beaucoup de monde, et c'est peut-être d'ailleurs pour cela que l'on n'en a pratiquement pas entendu parler dans les journaux. Camille Maurane, une des plus belles voix du chant français, est décédé jeudi à l'âge de 98 ans.

Né à Rouen en 1911 [1] et aidé par une belle voix de baryton, après quelques années passées à la Maîtrise Saint-Évode de la cathédrale de Rouen et au Conservatoire de Paris, il avait donné ses lettres de noblesse à un genre aujourd'hui un peu tombé en désuétude, la mélodie française.


Clair de lune, poème de Paul Verlaine mis en musique par Gabriel Fauré - Mélodie enregistrée en 1959.

C'était pourtant son interprétation d'œuvres de plus grande envergure qui l'avait rendu célèbre dans les années 50, comme l'opéra Pelléas et Mélisande de Claude Debussy ou le Requiem de Fauré. Mais c'est dans le genre plus intimiste et dévalorisé [2] de la mélodie qu'il a été à mon avis le meilleur.

Ce qui a distingué Maurane de beaucoup de ses contemporains, c'était son absence d'esbroufe et d'emphase, et sa diction impeccable. Oh, il n'était sans doute pas le meilleur techniquement, mais tout était dans la sensibilité, la simplicité, le ressenti de la mélodie et du texte.

Francis Poulenc, Maurice Ravel, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Erik Satie. Théophile Gautier, Jules Renard, Paul Verlaine.


[1] Vous aurez remarqué que ce blog a quelques tendances chauvinistes, c'est fâcheux.

[2] Son homologue allemand le Lied l'est en tout cas beaucoup moins.

15 janvier 2010

Comme un air de ressemblance.

DN - 20100115

Page d'accueil du site web du journal suédois Dagens Nyheter, le 15 janvier 2010 à 10h30.

SvD - 20100115

Page d'accueil du site web de son concurrent direct Svenska Dagbladet, le même jour à la même heure.



Nous pouvons constater qu'il n'y a pas qu'en France que les journaux ne sont devenus bons qu'à pisser de la dépêche d'agence.



(étant donné que ça ne saute sans doute pas aux yeux des non-suédophones, je précise que le titre du haut et celui d'en-dessous accompagné de la photo font référence à deux sujets d'actualité différents)

10 janvier 2010

Coup de poing.

Violent

Une affiche de l'Observatoire International des Prisons dans le métro gare d'Austerlitz, sur laquelle figure une phrase d'une rare violence : "Si ça peut vous aider à donner, dites-vous que cet homme est un chien".

Phrase à double-sens dont la violence est justifiée.

Parce que l'état des prisons françaises est une vraie honte pour un pays qui se veut chantre des droits de l'Homme.
Parce que le récent spot publicitaire pour le recrutement de surveillants pénitentiaires est un mensonge complet (et il ne faut évidemment pas s'étonner que personne ne veuille devenir maton).
Parce que le livre de Véronique Vasseur est malheureusement toujours d'actualité.
Parce que ce n'est pas parce que l'on est condamné à la prison que l'on n'a pas le droit de vivre dans des conditions dignes [1].
Parce que ces conditions de vie psychologiquement dévastatrices ne permettent pas une réinsertion efficace et que la prison ne répond ainsi pas à l'un de ses buts.
Parce qu'il est sans doute triste de voir que l'on a recours à l'appel au don pour in fine améliorer le fonctionnement d'une institution gérée par l'Etat.



Et parce que pendant ce temps-là, on claque 5.3 millions d'euros pour embellir la vue depuis les fenêtres de Frédéric Mitterrand. Mais ça n'a rien à voir, bien entendu.



[1] On pourra par exemple constater avec effroi que la densité carcérale est de 120.1% en France en avril 2009, alors qu'en même temps la France a un relativement faible taux d'incarcération de sa population (environ 1 personne pour 1000 habitants), ce qui montre que les moyens alloués aux établissements pénitenciers sont dérisoires.