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Carte postale suédoise: Le poids des mots.

10 mars 2005

Le poids des mots.

Un amas de canards, de poules d'eau, d'oies sauvages et de cygnes au niveau de Kungsträdgården.

(Attention, billet qui risque d'être relativement pénible à lire pour les personnes qui ne baignent pas un peu dans la chose)

J'ai rarement (si ce n'est jamais) abordé mes études dans ce carnet. Les événements récents (PDF) me font ouvrir une parenthèse cependant. Que les personnes qui n'ont aucun attrait pour la chose informatique se rassurent, elle se refermera rapidement. Mais qu'elles se sentent concernées également, car il ne s'agit pas uniquement de l'avenir de quelques illuminés de l'écran. Replaçons tout d'abord les choses dans leur contexte.

Je ne reviendrai pas sur la funeste décision de la commission européenne (fort peu relayée par des médias qui s'en contrefichent, par ailleurs). Le libre, d'autres personnes en parlent beaucoup mieux que moi qui ne suis pas un expert dans le domaine. Le mien (à mon niveau d'étudiant, évidemment), c'est la sécurité informatique. Un domaine dont on n'a sans doute pas fini de parler.

J'étudie à Kista, banlieue au nord-ouest de Stockholm. Un nom qui ne vous dit sans doute rien, mais cette ville-champignon est pourtant l'un des cinq premiers clusters mondiaux au niveau des technologies de l'information, aux côtés de la Silicon Valley et consorts. Entreprises, recherche, éducation, tout ici est dédié au sacro-saint ordinateur. D'aucuns surnomment l'endroit la "wireless valley", eut égard au nombre de réseaux sans fil qui parcourent la ville et ses environs. C'est ici que sont notamment basés les laboratoires de recherche d'Ericsson, société dont le grand public ne connaît généralement que la partie téléphonie (en collaboration avec Sony qui s'occupe de la partie "physique"). Au moment de l'éclatement de la bulle, environ 50% des employés de l'entreprise ont été mis à la porte, ce qui a littéralement sinistré la ville et mis fin au business facile. Elle s'est cependant brillamment relevée maintenant, grâce à des facteurs que je n'aurai pas le temps d'aborder ici. Bref, je m'égare. Tout cela pour dire que, dans cette ville, un certain nombre de personnes et d'entreprises ont un certain pouvoir sur les technologies de l'information de demain.

Ici donc, on enseigne également à des étudiants. On forme les esprits. On a de l'influence sur certains qui boivent littéralement vos paroles. Ce sont des mots, glissés de manière anodine en fin de texte ou au milieu d'un diaporama. L'accent n'est pas mis dessus, alors ils paraissent naturels, n'étant pas matière à questionnement.

Trouvé au détour d'une diapositive lors d'une conférence (dans la langue de Shakespeare) au sein d'un cours de droit en sécurité informatique :

The advice should therefore be not to proceed with this development. Alternative suggestions can include development of trusted systems, digital rights management mechanisms, etc.

Et l'ensemble de l'auditoire de prendre soigneusement en note sans poser de questions. Je ne reviendrai pas sur TCPA (en,fr) et ses implications, je ne pourrai pas ajouter grand-chose. Je constate simplement que les gens qui ont pris consciencieusement note de ces paroles sont les mêmes qui mèneront le monde informatique de demain. Et qui appliqueront ce qu'on leur a enseigné avec entrain, parce qu'ils auront été imprégnés de cela. Parce qu'ils n'auront jamais eu un esprit critique et responsable. Comme le dit très bien Tristan, l'ignorance est un bienfait. Le pire, c'est qu'elle est contagieuse. Nous nous dirigeons donc vers un monde de gens heureux. En courant.

Fin de la parenthèse. Elle n'aura donc pas duré longtemps.